L’Emmuré

L’édition des Emmurés, hélas pleine de coquilles… (le livre n’est pas disponible en format numérique).

Les Emmurés de Lucien Descaves est un roman qui paraît en 1894, c’est un roman naturaliste, qui évoque par son style aussi la prose recherchée de Huysmans – Descaves fut son ami et son exécuteur testamentaire. Le titre est clair quand on connaît le sujet : c’est un roman sur les aveugles, dont l’action commence en 1880 et rejoint progressivement le moment de l’écriture. 

Le roman s’ouvre par la remise des prix à l’Institution des Jeunes Aveugles (l’INJA aujourd’hui) – qui fait penser à la fameuse scène des comices de Madame Bovary – où le narrateur épouse le regard curieux des observateurs, dans une description à l’écorché des différents visages d’aveugles, ce « jardin de la cécité », ce « parterre d’yeux fanés » : 

Les ophtalmies apparaissaient à la fois artificielles et vivantes, cotonneuses et fermes, sèches et liquéfiées, lisses et rugueuses. Comme un palais dévasté, envahi par une végétation parasite, l’œil qu’un cataclysme avait désolé, appartenait aux fougères, aux lichens et aux mousses. Ils avaient tout recouvert, festonnaient le plâtre éraillé de la cornée, illustraient l’agate laiteuse et le jaspe panaché des prunelles où l’iris en dissolution s’extravasait à travers les parois perforées. Des globes dépolis, arides et rissolés, gardaient le ton et la rugosité de l’ardoise brute. Et d’autres, au contraire, arrosés incessamment, macéraient dans les larmes. 

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